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                                                    Alfred de Musset à George Sand

                                                                                         

                                                                             Genève, 4 avril 1834

  

   Mon George chéri, je suis à Genève. Je suis parti de Milan sans avoir trouvé de lettre de toi à la poste. Peut-être m’avais- tu écris.[…] Ecris-moi à Paris, mon amie, je t’ai laissée bien lasse, bien épuisée de ces deux mois de chagrin ; tu me l’a dit d’ailleurs, tu as bien des choses à me dire.[…] Te dirai-je que je n’ai pas souffert, que je n’ai pas pleuré bien des fois dans ces tristes nuits d’auberge ? Ce serait me vanter d’être une brute, et tu ne me croirais pas.

   Je  t’aime encore d’amour, George,(…) je t’aime, je te sais auprès d’un homme que tu aimes, et je suis tranquille ; les larmes coulent abondamment sur mes mains tandis que je t’écris, mais ce sont les plus douces, les plus chères larmes que j’ai versées.[…]

   Ce matin, je courais les rues de Genève, en regardant les boutiques ; un gilet neuf, une belle édition d’un livre anglais, voilà ce qui attirait mon attention. Je me suis aperçu dans la glace, j’ai reconnu l’enfant d’autrefois. Qu’avais-tu donc fait ma pauvre amie ? C’était là l’homme que tu voulais aimer ! Tu avais dix ans de souffrance dans le cœur, tu avais, depuis dix huit ans, une soif inestimable de bonheur, et c’était là le roseau sur lequel tu voulais t’appuyer ! Toi m’aimer ! Mon pauvre George ! Cela m’a fiat frémir. Je t’ai rendu si malheureuse ; et quels malheurs plus terribles n’ai-je pas encore été sur le point de te causer ! […]

   Ecris-moi, mon George. Sois sûre que je vais m’occuper de tes affaires. Que mon amitié ne te soit jamais importune, respecte-la, cette amitié plus ardente que l’amour, c’est tout ce qu’il ya de bon en moi, pense à cela, c’est l’ouvrage de Dieu, tu es le fil qui me rattache à lui ; pense à la vie qui m’attend.

Tag(s) : #Littérature

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