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                                     George Sand à Alfred de Musset

                                                                             

                                                                 Venise 15 avril et 17 avril 1834

 

   J’étais au désespoir. Enfin j’ai reçu ta lettre de Genève. Oh que je t’en remercie mon enfant ! Qu’elle est bonne et qu’elle m’a fait du bien ! Est-ce vrai que tu n’es pas malade, que tu es fort, que tu ne souffres pas ? Je crains  toujours que par affection, tu ne m’exagères cette bonne santé. Oh que Dieu te la donne et te la conserve, mon cher petit ! Cela est aussi nécessaire  à ma vie désormais, que ton amitié. Sans l’une ou l’autre, je ne puis pas espérer un seul beau jour moi. Ne crois pas, ne crois pas, Alfred, que je puisse être heureuse avec l’idée d’avoir perdu ton cœur. Que je t’aie inspiré de l’amour ou de l’amitié, que j’ai été heureuse ou malheureuse avec toi, tout cela ne change rien à l’état de mon âme à présent. Je sais que je t’aime et c’est tout. […] Je ne me souviens plus de rien, sinon que nous aurons été bien malheureux et que nous nous aimerons toute la vie avec le cœur, avec l’intelligence, que nous tâcherons par une affection sainte de nous guérir mutuellement du mal que nous avons souffert l’un pour l’autre, hélas non ! ce n’était pas notre faute, nous suivions notre destinée, et nos caractères plus âpres, plus violents que ceux des autres, nous empêchaient d’accepter la vie des amants ordinaires. Mais nous sommes nés pour nous connaître et pour nous aimer, sois-en sûr.[...] Nous avons été amants, et nous nous connaissons jusqu'au fond de l'âme, tant mieux. Quelle découverte avons nous faite mutuellement qui puisse nous dégoûter l'un de l'autre? Oh malheur à nous si nous nous étions séparés dans un jour de colère, sans nous comprendre, sans nous expliquer! C'est alors qu'une pensée odieuse eût empoisonnée notre vie entière, c'est alors que nous n'aurions jamais cru à rien. Mais aurions-nous pu nous séparer ainsi? Ne l'avons-nous pas tenté mlusieurs fois, nos coeurs enflammés d'orgueil et de ressentiment ne se brisaient -ils pas de douleur et de regret chaque fois que nous nous trouvions seuls?[...]

   Adieu, adieu, mon cher petit enfant. Ecris-moi bien souvent je t'en supplie. Oh que je voudrais te savoir arrivé à Paris et bien portant! Souviens-toi que tu m'as promis de te soigner. Adieu, mon Alfred, aime to, 

                                                              GEORGE.

Tag(s) : #Littérature

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