Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Libeté     (François Dubet a réalisé cette enquête sociologique sur les élèves de tous les types de lycées, auprès des adultes et des adolescents qui travaillent dans ces établissements. Il évoque ici le sentiment de liberté chez des élèves de seconde.)

 

    Au lycée, la liberté décrite par les élèves est définie comme l’absence de contrôle social extrême, manifesté par des sanctions et de la réprobation, relatif aux comportements personnels. L’établissement ne pèse guère sur la tenue des élèves, sur leur circulation, sur leurs relations. Les lycéens s’habillent et se coiffent comme ils le désirent, fument s’ils le souhaitent la plupart du temps, fréquentent qui bon leur semble. Des couples se forment et se tiennent tendrement… Les looks les plus divers peuvent coexister, parfois sages, parfois provocants, ils sont toujours considérés comme relevant de la conduite privée, d’une sphère personnelle dans laquelle l’organisation scolaire ne peut s’immiscer. Comme le faisait remarquer une enseignante : «  on peut être choqué par les comportements des élèves, mais on ne se sent pas le droit d’intervenir à ce propos. La coupe des cheveux, les amours et les vêtements,  après tout, ça ne me regarde pas ».

    Les  vêtements et les blouses, les coiffures, les attitudes respectueuses, les diverses interdictions, l’absence de mixité et tout un système de punition et de colles ont longtemps constitué la loi des lycées. Parfois l’homogénéité du public rendait le contrôle léger ; parfois il devenait plus manifeste. D’ailleurs, à la fin des années soixante, le thème de la répression et du « lycée caserne » avait un certain poids dans les revendications scolaires ; aujourd’hui, il a presque totalement disparu, les élèves se sentent libres.

   Cette liberté surprend et émerveille la plupart des élèves de seconde qui découvrent un monde beaucoup plus libéral et ouvert que le collège. Il s’agit même d’un passage émancipateur : « On est mieux au lycée qu’au collège, on a des rapports de grands à grands, y a plus de petits. » « C’est bien cette liberté », « Ce qui compte, c’est d’être au lycée plus que d’être lycéen. » La pression du groupe est moins forte et les élèves se sentent plus autonomes. « On passe d’un système de groupe à un système plus individuel, comme à la fac. » « Quand je suis arrivé en seconde, j’étais bien, parce que je respirais la liberté » Brusquement les élèves se sentent acceptés comme des adolescents, plus comme des enfants. « On vit bien, on est traité comme des personnes indépendantes »

   Souvent, les élèves disent qu’ils sont beaucoup plus libres au lycée que dans leur famille : «  Du point de vue indépendance, on ne peut pas faire mieux, on a une vie personnelle, c’est plus libéral que la famille souvent. » Les parents veillent encore au grain, aux sorties, aux fréquentations. Les adultes du lycée ne se mêlent plus de ces problèmes. « Quand je passe le seuil du lycée, je sens comme une oxygénation » Il est vrai que de nombreux lycées donnent une certaine image du bonheur. Les élèves sont détendus, n’ont l’air d’être régis par aucune discipline, ils forment de petits groupes, ne hurlent pas, ne se battent pas, les couples se retrouvent à la récréation, ils ne craignent pas les adultes et les surveillants.

                                                                François DUBET, Les lycéens, Ed. du Seuil, 1991  

 


Tag(s) : #Banque de textes

Partager cet article

Repost 0